mise à jour le 1/1/1970.

Les Frères PEREIRE
Emile (Jacob Emile Rodrigue Pereire 3.12.1800 Bordeaux - 6.1.1875 Paris VIII)
Et Isaac (Isaac Rodrigue Pereire, 25.11.1806 Bordeaux - 12.7.1880 Armainvilliers (77))

Nos rapports familiaux avec eux sont un peu compliqués. Emile a épousé Rachel Herminie RODRIGUES-HENRIQUES. Isaac a épousé en secondes noces sa nièce Fanny Pereire, fille d'Emile. De ce fait, tous les descendants d'Emile sont nos "cousins" Rodrigues-Henriques, mais parmi les enfants d'Isaac, seuls ceux issus de son second mariage sont nos "cousins".

Ce dernier point est toutefois discutable. En effet, l'ascendance paternelle des PEREIRE est aussi portugaise, leur vrai nom étant RODRIGUES PEREIRA. Il est possible que les Rodrigues-Pereira soient cousins des Rodrigues-Henriques, mais nous n'en avons pas de preuve absolue pour l'instant. D'après le livre de Jean AUTIN, cité plus loin, un de leurs ancêtres, Francisco-Antonio-Jacob Rodriguez Pereira, né à Berlangua le 11 avril 1715, était le fils de Jean-Abraham Rodriguez et de Léonor-Abigail Henriques Rodriguez. Il est tentant de faire le rapprochement entre cette Henriques Rodriguez et nos Rodrigues Henriques.



Un peu de biographie:

Emile travailla à Bordeaux chez Nunes et Hardel (1815-1818). Venu à Paris en 1822, il y fut d'abord courtier de change. Il adhéra au saint-simonisme (dont nous parlerons ailleurs). Il collabora au "Globe" (1824), au "Producteur" (1825) et au "National" (1830). Membre du 2ème degré du collège saint-simonien (juin 1831), Il quitta les saint-simoniens en 1831.

Il s'intéressait aux voix ferrées; il réclama, dans un article du "National" du 22 septembre 1832, l'intervention de l'Etat dans ce domaine. En 1834, il quitta le "National". Associé aux trois ingénieurs saint-simoniens Lamé, Clapeyron et Stéphane Flachat, il passa trois ans (1832-1835) à chercher les cinq millions nécessaires pour construire la ligne de Paris à Saint-Germain en Laye, tandis que ceux-ci en faisaient le tracé. En 1835, il fonda la compagnie du chemin de fer Paris-Saint-Germain en Laye; dès lors, avec son frère Isaac, il multiplia les initiatives et les succès dans les domaines industriels et financiers.

En 1863-1869, Emile Pereire était député de la Gironde.

Entreprises financières et industrielles des frères Pereire:

La compagnie du chemin de fer Paris-Saint-Germain en Laye fut fondée en 1835 avec la participation des banquiers James de Rothschild et Adolphe d'Eichtal et Thurneyssen et de l'entrepreneur Samson Davillier. La ligne traversait le futur 17ème arrondissement par le (futur) boulevard Pereire. Les frères Pereire possédaient là de grands terrains, de même qu'Ernest Gouin dont les ateliers de construction devinrent Spie-Batignolles. En 1842, mise en service de la gare Saint-Lazare. En 1844, mise en service de la gare de marchandises Paris-Batignolles. Après s'être consacrés à la construction, l'exploitation et l'administration des premières lignes de chemin de fer françaises (Paris-Saint-Germain en Laye 1835, lignes du Nord, de Lyon, Compagnie du Midi 1852).

Les frères Pereire fondèrent une société, le Crédit Mobilier (1852), pour le prêt à long terme aux industriels, innovation qui les brouilla avec les Rothschild. Acquisition de l'Etablissement thermal de Vichy (1853). Société Autrichienne des chemins de fer de l'Etat (1854). Compagnie générale Maritime (1855). Compagnie des Omnibus (1855). Crédit mobilier espagnol (1855). Compagnie parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz (1855). Sociétés d'assurances "La Confiance" et "La Paternelle" (1859). Compagnie générale Transatlantique (1861). Blanchisseries de Boulogne (pour la Compagnie Transatlantique).

En 1861, Morny obligea les Pereire à sauver de la banqueroute le banquier Mires (fondateur de la Société des Ports de Marseille) en lui abandonnant 15.000 actions du chemin de fer de Pampelune à Saragosse. Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire (1863). Inauguration du Paris-Madrid (1864). En 1867, la faillite et la liquidation du Crédit mobilier, qui avait été un des moteurs de l'essor industriel sous le Second Empire, leur fit perdre leur rôle de premier plan. En 1871, procès du Crédit Mobilier et de la Compagnie Immobilière.

Entreprises immobilières des frères Pereire :

En 1856, les frères Pereire fondèrent la Société Immobilière. Ils achetèrent et lotirent de nombreux terrains notamment dans la plaine Monceau (par exemple une bonne partie de la superficie de l'ancien parc Monceau). Principales opérations immobilières:
-- dans le 1er arrondissement: hôtel du Louvre (1854) rue de Rivoli (en partie)
-- dans le 8ème arrondissement (parc Monceau): avenue Van Dyck, avenue Ruysdael, avenue Velasquez, rue A. de Vigny, rue Murillo, pourtour du parc Monceau
-- dans le 9ème arrondissement: Grand Hôtel (1861, près de l'Opéra)
-- dans le 17ème arrondissement: avenue de Villiers, boulevard Malesherbes, avenue de Wagram avenue Gourgaud, boulevard Pereire (ainsi nommé en 1863, du vivant des frères Pereire). place Malesherbes, place Pereire, place de Wagram rue de Prony, rue Legendre (en partie), rue Jouffroy rue Brémontier (et A. de Neuville), rue Ampère, . . .
-- à Marseille: rue Impériale (1862, maintenant rue de la République) ** Note: Les Pereire avaient prévu de construire la gare principale à la Joliette; ils virent leurs plans contrecarrés par leurs rivaux, notamment Paulin Talabot. De ce fait la construction de la rue Impériale fut un échec financier et une des principales causes de la faillite de la Société Immobilière et du Crédit Mobilier.

-- à Arcachon: ville d'Hiver (1862, construite par Paul Regnauld)
-- près d'Arcachon: domaine de Marcheprime (acquisition de grands terrains en 1853) fondation du village de Marcheprime, avec son église et son école.

Ce furent les difficultés de la Société Immobilière qui amenèrent, en 1867, la faillite et la liquidation du Crédit mobilier.

Autres entreprises des frères Pereire :

Acquisition de château Palmer (1853), domaine viticole à Cantenac, près de Château Margaux. En 1854, acquisition de l'hôtel de la place Vendôme, siège social du Crédit Mobilier, aujourd'hui hôtel Ritz. En 1855, acquisition de l'hôtel du 35, faubourg Saint-Honoré, hôtel particulier des Pereire, aujourd'hui Ambassade d'Angleterre. En 1862, construction du chalet Pereire à Arcachon.

En 1852, les Pereire avaient acquis une partie des forêts de Crécy et d'Armainvilliers, en bordure des domaines des Rothschild. Le château Pereire à Armainvilliers (atteint par des bombes en 1944, puis détruit) fut construit en 1862-1864 par Edouard Renault (1808-1886), qui avait édifié en 1843 avec Lechesne la maison ornementée de la place Saint-Georges; le parc fut aménagé par Barilhier. Ainsi, vers 1870, les voisins du domaine Pereire étaient: -- au nord, le magnifique château de Ferrières, construit par Paxton et propriété d'Edouard de Rothschild -- à l'est, le château Rothschild d'Armainvilliers, au bord d'un grand étang, propriété d'Edmond de Rothschild. Entre les Pereire et les Rothschild, dont les châteaux voisinaient, c'était une opposition irréductible, au point que le chef de gare de Gretz s'arrangeait pour éviter les rencontres.

Emile Pereire organisa personnellement l'exposition posthume des oeuvres du peintre Paul Delaroche (mort en 1856 et auteur de "l'Assassinat du duc de Guise"). En 1862, les Pereire achetèrent une collection de tableaux anciens en Espagne pour 450.000 F En 1862, les Pereire projetèrent une Encyclopédie en 40 volumes; un comité fut constitué, dont le président est Michel Chevalier et l'animateur Charles Duveyrier et qui tint régulièrement ses séances en 1862 et 1863. En 1865, rebutés par la lenteur du travail, les Pereire abandonnèrent le projet. Sainte-Beuve avait commencé pour cette Encyclopédie un volume d'introduction, dont il n'est rien resté. En 1872, vente des collections de tableaux des frères Pereire.

En 1875, Isaac Pereire acquiert le journal "La Liberté". Emile fut membre du Conseil général de Gironde de 1853 à 1875 et du Corps Législatif de 1857 à 1870. Isaac fut membre du Corps Législatif de 1863 à 1870.

Bibliographie: on lira avec profit l'excellent livre de Jean AUTIN "Les frères Pereire, le bonheur d'entreprendre", Librairie Académique Perrin, Paris 1984.

Pour voir leur portrait ensemble ou celui de Emile ou encore celui de Isaac.